Les murmures du musée

Aujourd’hui, dimanche 11 août 1771 à 8 heures du matin, alors que je me tenais dans la pièce chauffée près de la fenêtre, j’entendis soudain un bruit fort, un peu comme si l’on claquait une porte aux bords recouverts de tissu ou de lisières avec une force telle que toute la maison en tremblait. Je pensai aussitôt : quel claquement grossier ! Mais je me souvins que nous n’avions pas de telle portes et que je n’entendis personne ouvrir ni fermer la moindre porte à ce moment-là. C’est alors qu’un tremblement de terre me vint à l’esprit. Mais comme ils étaient presque inconcevables au Ban de la Roche, et que j’avais aussi la tête occupée par d’autres choses, je finis par l’oublier.

Nous déjeunâmes à midi chez le jeune Ulric Banzet, le maréchal-ferrant de Belmont. On y raconta que son épouse, qui était en couches, avait ressenti un mouvement semblable à un bercement dans son lit. Quant au père, J. Banzet le vieux, qui habitait plus confortablement en haut du village et qui se tenait alors près du rebord de la fenêtre, celui-ci perçut une secousse des fenêtres et un vacillement du linge entassé sur le rebord. Et tout cela le temps d’un instant, à huit heures du matin.

Le tremblement de terre, que l’on ressentit le 11 août dans les régions allant d’Augsbourg jusqu’au Rhin et qui ébranla une contrée de 20 lieues de long et de plus de 30 lieues de large, se manifesta quelques jours plus tard dans de nombreuses régions d’Italie, etc.

Extrait « ANNALES DU BAN DE LA ROCHE
SURTOUT DE LA PAROISSE DE VALDERSBACH COMMENCEES L’AN 1770 » Registre autographe – Collections Musée J.F. Oberlin